Pour les cyclistes sur route, Samoëns est le point de départ d’un monstre sacré du cyclisme mondial : le Col de Joux Plane (1 691 m). Ce col n’a rien à voir avec les montées régulières du Val d’Arly ou du Beaufortain. C’est une anomalie géographique de 11,6 kilomètres à près de 9 % de pente moyenne. Dès la sortie du village, la route se cabre au milieu des granges en pierre et ne redescend jamais sous les 10 % pendant plusieurs kilomètres. Sans l’ombre d’un lacet pour récupérer dans certaines sections, Joux Plane est un enfer de chaleur l’été, exposé plein sud face aux balcons du Mont-Blanc. C’est l’ascension des grimpeurs purs, un juge de paix qui a fait perdre des Tours de France et où chaque mètre gagné est une victoire sur soi-même.
À l’exact opposé de la verticalité de Joux Plane, Samoëns offre un paradis de douceur pour les vélos de voyage, les familles et les adeptes de la bicyclette contemplative. En suivant le lit du Giffre vers l’amont, une route secondaire presque entièrement plate s’enfonce vers Sixt-Fer-à-Cheval. Rouler sur cet itinéraire, c’est s’offrir un voyage féerique au fond d’une vallée glaciaire qui se resserre, pour débouter au cœur d’un cirque calcaire grandiose d’où jaillissent des dizaines de cascades printanières. Le profil en faux-plat montant est si doux qu’il est accessible avec n’importe quel vélo de ville ou de randonnée, offrant une communion brutale avec la nature sauvage sans jamais avoir à se mettre en danseuse.
Les versants de Samoëns, façonnés par l’exploitation forestière et la pierre, abritent un domaine de VTT d’Enduro unique en Europe, accessible via la télécabine du Grand Massif Express. Ici, on oublie le flow artificiel des Bike Parks lisses. Les pistes sont tracées à l’ancienne dans une terre noire et riche, truffée de dalles de calcaire glissantes et de racines massives. C’est un pilotage technique, exigeant, qui demande un vrai sens de la trajectoire et fait la part belle à l’histoire des sentiers muletiers d’autrefois.
C’est sur les pentes septembraliennes de Joux Plane que le peloton a vu chanceler l’invincible. En 2000, terrassé par une terrible fringale sous le soleil de plomb de Samoëns, l’Américain Lance Armstrong concède plus de deux minutes à Richard Virenque et Jan Ullrich. Cet effondrement en direct, sur des rampes à 11% qui ne pardonnent aucune erreur de gestion de carburant, a définitivement fait entrer le col de Samoëns dans la légende des calvaires les plus célèbres de l’histoire du Tour de France.